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11/11/2016

La victoire de Trump ou la fin du racisme en analyse politique ?

Capture d’écran 2016-11-11 à 01.33.18.png©https://www.lensculture.com/projects/318090-los-trumpistas

 

« Hillary a perdu les femmes Blanches », « Les Noirs n'ont pas assez voté Clinton. », « Trump remporte la Floride malgré la forte minorité Latino ».

Telles sont les analyses de haut vol que l’on peut lire et écouter un peu partout. Quelle insulte de considérer que les gens doués d’un cerveau se déterminent en fonction de leur sexe et de leur couleur de peau ! Non pas que cela n’ait aucune importance - il ne faut pas nier les sentiments d’appartenances collectives -, mais enfin, réduire le vote de la plus grande démocratie du monde à cela, c’est insulter les électeurs américains et les prendre vraiment pour des débiles mentaux !

 

" Quelle insulte de considérer que les gens doués d’un cerveau se déterminent en fonction de leur sexe et de leur couleur de peau ! "

 

Et c’est ce que font nos gentils journalistes à longueur de journée, avec une parfaite bonne conscience et sans même s’en rendre compte, comme autant de parfaits petits Monsieur Jourdain du racisme. (C’est en cela que les professionnels de l’antiracisme font le lit du racisme jour après jour…)

Il serait temps que ce mode d’explications racialistes et sexistes du vote cesse, et qu’on considère que les Noirs, les Blancs, les femmes, les hommes, et les métis homosexuels borgnes et végétariens, votent d’abord en fonction de leur capacité d’analyse et de raisonnement, et des convictions qui en sont le fruit !

22/10/2016

La situation de la France exige un roi.

Bouvines2.png

Par delà la déliquescence politique qui n'est que le symptôme du mal, la crise profonde que connaît la France en ce début de XXIème siècle est une crise existentielle. Aussi la question n’est-elle pas de savoir si la France doit être plus forte, plus apaisée, plus ouverte, plus rose ou plus verte. La seule, la vraie question, est celle-ci : la France existe-t-elle ?

 

« Un pays qui n’a plus de frontières, plus de monnaie, plus d’histoire, plus de religion, plus d’ancêtres, bientôt plus de langue, est-il encore un pays ? (...) La seule, la vraie question est celle-ci : la France existe-t-elle ? »

 

Un pays qui n’a plus de frontières, plus de monnaie, plus d’histoire, plus de religion, plus d’ancêtres, bientôt plus de langue, est-il encore un pays ? La France existe-t-elle ? Voilà la seule question qui se pose à tous, et voilà la seule question à laquelle aucun de nos hommes politiques ne peut répondre.

Et c'est bien normal ! Les partis politiques ne sont pas faits pour répondre aux crises existentielles que traversent la nation ; ils sont faits pour lui donner une direction, un gouvernement. Or le gouvernail d’un navire n’est pas le navire, et lorsque la coque prend l’eau, peut importe d’aller couler un peu plus à droite ou un peu plus à gauche.

Seul un roi, par le principe même de la royauté, peut répondre à la crise existentielle que traverse la France.

 

Quel fut le premier mot de la reine à la suite de ce vote "suicidaire" ?
- « I am alive ».

 

Pourquoi le Brexit n’a-t-il pas provoqué le cataclysme annoncé outre-manche alors même que le Royaume-Uni est travaillé par d'importantes dissensions entre ses diverses composantes territoriales, et que nombreux étaient les "européens" à agiter le spectre de la dislocation ? Quel fut le premier mot de la reine suite à ce vote "suicidaire" ? « I am alive ». Je suis vivante. Voilà une parole royale s’il en est. Voilà une parole aussi dénuée de calculs politiciens qu'authentiquement et pleinement politique.

La reine d’Angleterre, prononçant cette phrase, dit la seule chose que les anglais ont besoin d’entendre au lendemain de ce choc violent qui a semé la division parmi eux : l’Angleterre est vivante. Car, d'un point de vue symbolique et donc humain, l’Angleterre et la reine ne font qu’un. En disant cela le monarque fait donc exactement ce pourquoi il est fait. Peut-être pensez-vous qu’un Anglais qui regarde Elizabeth II voit seulement une petite grand-mère engoncée dans un tailleur ringard ? Comprenez que lorsqu’il voit la reine, un Anglais voit, presque malgré lui, l’Angleterre, son Histoire, son existence millénaire incarnée ici et maintenant. Le roi est la présence réelle de la nation rappelée à tous et à toutes, à toute heure et en tout lieu. C’est cela le principe royal.

 

« Le roi est la présence réelle de la nation rappelée à tous et à toutes, à toute heure et en tout lieu. C’est cela le principe royal. »

 

Car le roi n’a rien fait pour obtenir le pouvoir. Il n’a pas été plus ambitieux, plus rusé, plus machiavélique, ni plus méritant, plus brillant ou plus vertueux que les autres de ces compatriotes ; il n’a fait que naitre. En réalité l’autorité du roi ne repose sur rien si ce n’est le plus petit dénominateur commun à l’ensemble de ses sujets : la nationalité. Son autorité est légitime car elle n’est pas entachée de la conquête du pouvoir et de ses inévitables calculs et compromissions. L'autorité du roi est au-dessus de tout soupçon de corruption morale ou matérielle, ce qui la place en définitive au dessus du pouvoir : elle en est la condition.

Ainsi la reine d’Angleterre, parce qu’elle est l'Angleterre au yeux des Britanniques, représente-t-elle légitimement tous les Anglais. Le paysan perdu du Berkshire autant que le banquier londonien, le lord autant que l’ouvrier, le catholique autant l’anarchiste anti-monarchiste, le paki fraichement arrivé autant que le descendant du clan Campbell car tous sont anglais avant d’être autre-chose.

 

Le Roi est ce « Je », cette première personne qui manque à la France pour qu'enfin elle puisse dire sans avoir à se justifier : « j'existe ».

 

En France, en nous représentant tous parce que nous sommes français, et non parce que nous sommes de droite, de gauche, athées, catholiques, musulmans, riches, pauvres, libéraux, socialistes,  blancs, arabes, noirs ou jaunes, un roi nous donnerait conscience d’appartenir à un même peuple, à une même communauté, à un même destin. Libre à nous d’en faire ensuite ce que nous voulons.

Pour l’individu comme pour un pays, l’identité est première. Avant de pouvoir dire « j’avance », « je pense », ou « je suis libre », il faut pouvoir dire « je ». Le Roi est ce « Je », cette première personne qui manque à la France pour qu'enfin elle puisse dire sans avoir à se justifier : « j'existe ».

 

Illustration : Le roi de France Philippe Auguste remerciant le représentant des communes après la bataille de Bouvines. (détail d'un vitrail)

19/07/2015

Peuple ou Nation? Qu’est ce qui différencie aujourd’hui l'eurosceptique de droite de l'eurosceptique de gauche ?

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La liberté guidant le peuple, 1830, Eugène Delacroix

Qu’est ce qui différencie aujourd’hui le souverainiste de droite de l'eurosceptique de gauche ?

Tous deux veulent rompre avec l'idéologie ordolibérale qui préside à l’européisme au nom de la démocratie, dont tous deux s’accordent désormais à dire qu'elle n’est applicable que dans un cadre national, c’est à dire au sein d'institutions contrôlées par le peuple. Mais la gauche a du mal avec ce mot de « national » qui sonne faux à ses tympans polis par un siècle d’« Internationale ». Ainsi commence-t-elle timidement à parler de « souveraineté populaire » (cf. Fréderic Lordon), tandis que les souverainistes, eux, enfonce en bonne logique le clou de la « souveraineté nationale », auprès d'un électorat populaire de plus en plus à l'écoute.

 

Alors faut-il donner la parole au Peuple ou à la Nation ? Ne s’agit-il pas de deux fictions ? Le Peuple existe-t-il ? Le peuple avec un petit p, certainement, c’est l’ensemble des personnes vivant sur le territoire national (tiens je dois recourir à la notion de nation pour définir ce qu'est le peuple…). Mais le Peuple avec un grand P, cette idée qu’il s’agirait d'un immense bloc homogène, comme si tout le monde pensait la même chose, même si l’on ne parle que des classes dites populaires, est évidemment une vue de l’esprit qui ne sert qu’à légitimer des dictatures, dites populaires, de type communiste (URSS, Chine, Cuba...). Celui qui réduit le peuple au Peuple, celui-là ne peut-il pas légitimement être taxé de « populisme » ?

 

La Nation existe-t-elle ? Géographiquement certainement ; une nation est un territoire, un pays, délimité par des frontières issues des vicissitudes de l'ensemble des personnes qui y vivent (tient je suis obligé d’avoir recours au peuple pour définir ce qu’est une nation...). Mais la Nation avec un grand N, celle qu’on alla défendre à Valmy, celle qui se dit reconnaissante à tant de nos ancêtres morts sur le champs de bataille, celle qui décore ses bons élèves d’un peu rouge au veston, n’est ce pas une chimère, une allégorie propre à servir certaines causes, certains partis, un instrument de pouvoir et de manipulation des foules ? Celui qui réduit la nation à la Nation, celui-là ne peut-il pas être légitimement taxé de « nationalisme » ?

 

"Se réclamer du « Peuple » ou de la « Nation », ce n’est pas un programme politique, c’est la condition même de l’exercice de la politique."

 

Nous sommes tous le Peuple, nous sommes tous la Nation. Nous donnons, nous tous qui nous sentons appartenir au peuple et la nation, à ces deux mots leur unité conceptuelle autant que leur diversité réelle. La nation est ce « plébiscite de tous les jours » (Renan) qui permet, et sur lequel repose « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » (déclaration universelle des droits de l'homme). Point de Nation sans peuple, point de Peuple sans nation. Si la Nation est le bien du peuple, inversement une nation n’existe que parce que le Peuple l'habite. C’est ainsi qu’on parle du « Peuple tibétain » pour affirmer que les tibétains ont droit à une nation, ou de la « Nation inuit» pour affirmer que les Inuits constituent un peuple à part entière. En réalité, ce que l'on veut affirmer par Nation ou par Peuple, c'est la souveraineté, c'est à dire la capacité à décider de son sort.

 

Nation et Peuple sont-il des fictions ? Oui, certainement, et des fictions à manier avec prudence. Mais des fictions utiles, nécessaires même, car en réalité il s'agit de la même fiction, de la fiction politique ; de ce sentiment d’appartenance à une communauté de destin qui permet aux hommes de s’affranchir de la fatalité. Se réclamer du « Peuple » ou de la « Nation », ce n’est pas un programme politique, c’est la condition même de l’exercice de la politique.

 

Il serait bon que les tenants de l’un et l’autre apprennent aujourd’hui à se parler sans fausse pudeur à l’heure où la question est de savoir si la démocratie est encore possible en Europe.

 

Le Scribe

 

Pour aller plus loin:

Ernest Renan : Qu'est-ce qu'une nation? : http://www.bmlisieux.com/archives/nation04.htm

Frédéric Lordon : "la souveraineté c'est la démocratie" : https://www.youtube.com/watch?v=E2oxNgxusJ8

Le comptoir : "Peut-on être de gauche et défendre la nation?" : http://comptoir.org/2015/06/12/peut-on-etre-de-gauche-et-...