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20/03/2013

Si je manifeste aujourd'hui, c'est que j'en ai assez de cette société sans âme et sans avenir

 Cet article a fait l’objet d’une publication sur Nouvelles de France, et sur www.atlantico.fr

 

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Marre de cette société sans âme et sans avenir

 

Français, je reviens de Rome. Là-bas j’ai vu le Pape François et j’ai vu cette foule transportée de joie, et j’ai compris. Je ne suis pas mystique mais j’ai compris que la vraie beauté en ce monde se confondait nécessairement avec la bonté dans un vaste et mystérieux gonflement de l’âme humaine, et que notre pauvre société désenchantée et individualiste en était par essence incapable. Par essence.

 

Car les gens doivent comprendre qu’ils vont vivre dans un monde de plus en plus laid. Que tout ce qu'ils aiment va disparaître, est entrain de disparaitre. Les petits oiseaux, la mer bleue, le bon miel et les Noëls en famille. Leur environnement naturel, visuel, alimentaire, économique, matériel, moral, spirituel, ne va cesser de se dégrader, décennies après décennies. A moins d’une guerre qui redonnerait une pincée de trente glorieuses aux quelques survivants qui s’empresseraient de refaire le même film encore et encore (cf. Ravage de Barjavel), Rien ne changera à la pente qui est la nôtre depuis l’avènement de la télévision et du Coca-Cola. Et ce ne sont pas les sacs réutilisables monoprix et les autolibs à l’électricité nucléaire qui vont infléchir la tendance, malheureusement.

 

Car le problème n’est pas dans les moyens. Mais dans la fin. Un monde qui ne propose que l’assouvissement des plaisirs individuels et matériels comme tout horizon à l’ambition humaine ne peut rien donner de bon. Ses fruits sont gâtés dès la racine. Et il n'est pas étonnant, que ce soit la bêtise, l'arbitraire, la pollution, la violence, l'uniformisation, l'isolement, la décomposition du corps social et la destruction familiale qui découlent et deviennent la norme de cette civilisation dénuée de toute dimension autre que matérielle. En tuant les dieux et les rois nous n’avons pas libéré l’homme mais nous l’avons tué. Car nous avons tuer les raisons qu’il avait de croire qu’il n’était peut-être pas la seule finalité de sa vie. La révolution par le Vide, 1789-1968, a lamentablement échoué. Et nous en faisons les frais.

 

 

Faire la Révolution à l’envers

 

Oui mais voilà. Moi, je ne veux pas vivre dans un tel monde. Je n’ai pas envie de voir disparaître tout ce à quoi je tiens, la belle campagne française ravagée par les zones industrielles, la politesse dues au dames remplacée par les tournantes en HLM, bref tout ce que je tiens pour bel et bon et que je souhaite que mes enfants puissent vivre à leur tour. Je ne veux pas laisser faire, je ne veux pas ME laisser faire, je veux me battre. Moi aussi je veux faire la Révolution. Mais dans l'autre sens. Et pourquoi pas après tout? L'Histoire n'est-elle pas un grand balancier? Faire la Révolution qui vous tient à cœur c'est sans doute le plus beau rôle que l’on puisse jouer au cours de son passage ici-bas.

Si 1789 puis 1968 ont mis à l’honneur le relativisme et consacré le "progrès" comme l'alpha et l'oméga du phénomène humain donnant ainsi naissance à la société de consommation, à cette "société du Spectacle" qui se repait du Rien (cf. Guy Debord, Ph. Murray), alors je veux faire l’inverse. Je veux ériger un monde dont la dynamique profonde soit la recherche du plein, du valable, du vrai, du grand, du bon, du difficile, du spirituel, du pur, de l'essentiel. C'est à dire du beau. Car la beauté contrairement à ce qu'on nous assène ne relève pas de la pure subjectivité. Au contraire, si "la beauté sauvera le monde" (Dostoievski), c'est parce qu'elle est ce sentiment qui rassemble les hommes, qui les élèvent, et qui les fait véritablement accéder à l’humanité. "Est beau ce qui plaît universellement et sans concept" (Kant).

 

Oui je veux renverser ce système pourri et remplacer le progrès par la beauté comme maître-étalon de nos agissements sur cette Terre car ce serait redonner un regard à l'homme, c'est à dire lui redonner du discernement (beau et bon sont dans bien des langues un seul et même mot, comme kalosagathos en grec). Soit le contraire du relativisme qui en mettant tout au même plan nous contraint à ne plus rien discerner, et donc à penser qu'il n'y a rien à voir. Faire la révolution à l'envers mes amis, c'est par exemple préférer gouverner en résistant aux pressions catégorielles plutôt que de faire de la démagogie sous prétexte de démocratie, c’est préférer anoblir des sans naissance plutôt que de chercher à couper les têtes qui dépassent, c’est construire du "nous" par la nation à la place de déifier le "je" par la consommation, c'est préférer le sens du devoir désintéressé à la défense de ses droits-acquis, c'est valoriser l'esprit de sacrifice plutôt que d'inciter à la satisfaction des plaisirs immédiats, c'est promouvoir le don de soi plutôt que l'Euromillion, c’est voir en l'homme un aspirant à la sainteté plutôt qu'un consommateur, c'est vouloir lui donner le pouvoir d'être soi-même plutôt que du pouvoir d'achat. Bref c’est mettre Aristote à la place de Sartre, c’est mettre Quelque Chose à la place du Rien.

 

"Moi je suis non croyant!" fanforonne le jeune entre deux lattes de clope. Ah oui c'est vrai, c'est si cool de ne croire en rien.
Ben non c’est chiant. C’est chiant à se flinguer même. D’ailleurs les gens se flinguent. Se pendent. Se shootent. Se suicident. S’euthanasient dès 20 ans à la télé-réalité, au porno et au journal de 20h.

Et si demain c'était cool de croire en quelque chose ? En Dieu, en Amon-Râ, ou bien en la grandeur de la France! Parce qu'en fait C'EST cool de croire en quelque chose. Parce que ça donne les Pyramides, Saint Louis, et du sens à la civilisation humaine. Tandis que croire qu’on est là par hasard, simple résultante logique d'une succession d'accidents de l'univers, ça donne le prozac, Flamby président, et la tuerie de Colombine. Vous avez vu à quel rythme ces tueries gratuites se multiplient? Moi j'en ai marre de ce néant mortifère qui m'entoure et m'englue.

 

Et si c’était pour dimanche ?

Amis, Français, Victor Hugo dans les Misérables aime à décrire longuement le faubourg St Antoine bruissant des armes qui se fourbissent et des barricades qui se préparent à la veille des émeutes parisiennes qui accouchèrent de toutes nos révolutions, dont celles de 1789, 1830 et 1832. Il me semble que j’entends aujourd'hui le bruissements et la même colère sourde, mais cette fois dans nos campagnes, dans nos banlieues, et dans nos quartiers chics. Et si c'était l'heure de la revanche? L’heure de la révolution du paysan (celui qui en a marre qu'on lui dise de penser contre le bon-sens), de l'aristocrate (celui qui en marre qu'on lui dise que tout se vaut alors que sa conduite prouve le contraire), et du religieux (celui qui en marre qu'on lui dise que c'est un con d'obscurantitse parce qu'il croit qu'il y a autre chose a espérer en cette vie qu'une rolex et des putes de luxe). Les petits bourgeois révolutionnaires qui ont tout cassé en 1789 en 1968, ne sont plus que des bobos repus. Combien de temps aurons-nous à subir encore leur tyrannie du Vide ? Ils ne croient plus en leur république sans foi, pas plus qu’ils ne croient en leur Grand Architecte de l'Univers ou en leur laïcité dont ils sont si embarrassés aujourd'hui, puisqu'ils ne croient en rien. Ils ont le regard vide (cf. Jean François Mattei) Et ils vont  disparaitre rattrapés et engloutis par le Rien qu’ils ont érigé en maître. Le nihilisme va bientôt retourner au néant auquel il appartient et d’où il n’aurait jamais du sortir.

La manifestation d’aujourd’hui est une réaction normale de gens normaux (il n’y a pas qu’un président qui puisse être normal) soudainement pris de vertige devant ce Vide qui s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ne veulent pas sombrer. Ce n’est pas une manifestation ordinaire, c’est le signe d’une prise de conscience profonde. Quelque chose en sortira surement, demain, dans un mois, dans un an. Car il y a avec moi toute une jeunesse qui piaille et qui n’en peut plus du prêt-à-penser-Canal-Plus, et qui attend que quelque chose se passe.


 

 

01/02/2013

Mariage Homosexuel : le progrès social façon Meilleur des Mondes

Cet article a fait l’objet d’une publication sur www.atlantico.fr

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Que répondre aux partisans de la possibilité pour des homosexuels de se « marier » et donc de « faire famille » au moyen des procédés scientifiques désormais disponibles ? Qu’il y a des choses qui nous dépassent, que seuls un homme et une femme peuvent faire des enfants, qu'un couple n'est pas une paire? Ne vous fatiguez pas, vos arguments sonnent creux, ils glissent sur leur sourire conquérant sans la moindre chance de faire ciller leur bonne conscience. Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’au fond vous faites appel à Dieu. A une idée passée. Et ils ont raison.

Sauf qu’elle n’est peut-être pas si passée. Et que Dieu n’est peut-être plus son seul nom.

Bien sûr, de peur d’être disqualifiés d’office, la plupart d’entre nous se rengorgeront dans une indignation sincère ou simulée, et rectifieront immédiatement d’un très laïc, « non, non, il ne s'agit pas de Dieu, laissons la foi en-dehors de cela, je te parle de la Nature, de la Nature humaine » et de continuer avec des « c’est comme ça depuis toujours, un enfant nait d’un père et d’une mère, on n’y peut rien.»

Oui mais voilà, qui donc se cache derrière les mots « Nature », « depuis toujours », «Nature humaine »?

D’autres parmi nous, se voulant plus inattaquables encore, prendront une intonation très républicaine et clameront que c’est au nom du Code civil! Mais le Code civil n’est pas la Bible, leur rétorquera-t-on très justement. "Il évolue avec les mœurs, le code civil, ma bonne dame… Les femmes n’avaient pas le droit de voter figurez-vous !" Et le pourfendeur de réactionnaires homophobes de vous achever sur place grâce au bâton que vous venez de lui donner.

Car d’argument, en réalité, il n’y en a qu’un. Et c'est bien celui de l’existence d’un ordre supérieur, de quelque chose au-dessus de la loi. Car il faut bien invoquer une loi au-dessus de la loi humaine pour déclarer celle-ci illégitime. « Alors cela ne peut-être que Dieu! » les entend-ton déjà rugir. "obscurantistes", "rétrogrades" ne devraient pas tarder à jaillir de leur garde-robe de prêt-à-penser.

Ils ont raison et tort à la fois : dire qu’il y a quelque chose qui ne bouge pas, quelque chose d'intangible dans l'univers, d’absolu, c’est en effet donner une définition de Dieu. Mais c’est surtout accepter l'idée très moderne que nous faisons partie de quelque chose qui nous dépasse, que nous participons d’un ensemble, d'un tout, qu’il ne nous appartient pas de dérègler. Ce discours ne vous parle-t-il pas?

Dès lors qu'un ordre supérieur ne peut être que d'origine divine, on comprend bien pourquoi les notions de "Loi naturelle" ou de "nature humaine", sont tout bonnement insupportables à un progressiste ; l’affaire est entendue depuis les Lumières. Seul l’homme est maitre de son destin, rien ni personne n’est légitime pour lui dire ce qui'il doit faire, comment vivre, avec qui faire l’amour, ni comment faire des enfants. Ni vous ni moi, ni Dame Nature. Personne sinon lui, l’homme qui avance.

Pour ces gens-là, appelons-les les prométhéens, n’y a pas de plan divin, d’ordre naturel, ni-même de Grand Architecte, quoi qu’ils puissent dire. L’Homme EST l’architecte de l’univers. Si divin il y a, alors l’Homme EST le divin. C’est à l’Homme de définir sa propre loi. Si l’Homme le peut (science) et se l’autorise (loi), alors l’Homme le fait. En effet au nom de quoi l’homme prométhéen s’empêcherait-il de faire quelque chose qu’il peut faire ? Au nom de la morale me répondra-t-ton ? De la moral laïque précisera-t-on d’emblée bien sûr. C’est à dire la morale areligieuse, celle qui n’est pas assujettie à des principes intangibles et absolus mais qui évolue avec les mœurs, selon le « degré de maturité des sociétés », « l’avancement des idées », ou la « chute des tabous » ?

L’homosexualité n’était pas morale pour un instituteur athée de la très morale IIIe République, mais la colonisation des peuplades sauvages du bout du monde l’était tout à fait. Cette morale là, on le voit bien, ne saurait constituer une quelconque limite à l’hubris humaine. Tout au plus est-t-elle parfois un frein durant une courte période « le temps que la société soit prête » dirait Mme Guigou qui jurait ses grands dieux il y a 15 ans que jamais il n’y aurait de mariage homosexuel. En réalité sur le long terme, cette morale laïque et relativiste légitime bien plus qu’elle ne stoppe ou ne régule le soi-disant "progrès".

Deux visions de l'Homme

Il y a donc d’un coté ceux qui considèrent qu’il y a en l’Homme quelque chose d’immuable et d’absolu, qui le dépasse et le transcende, et qui n'est pas de son ressort. Cette loi supérieure, que nous l'appelions Dieu ou Nature, confère à l'Homme un caractère sacré c’est à dire insensible à tout contexte spatial ou temporel, politique ou technologique, rendant du coup possible un droit inaliénable à la "dignité humaine".

De l’autre il y ceux qui considèrent que l’Homme est l’Homme parce que, justement, il s’affranchit des lois de la Nature. Parce qu’il n’a cessé depuis ses début de chercher à la maitriser, à la soumettre, à la mettre au service de ses besoins, de son confort, de ses « aspirations légitimes ». La "Nature humaine" ne saurait échapper à la Nature, dont elle fait partie, elle est donc tout aussi modifiable, améliorable, « perfectible » dirait Rousseau, le père de la doctrine égalitaire.

La victoire de Gaïa

Ce qui est étonnant, c’est que ce positivisme triomphe dans le champ du social et de la vie privée, au moment même ou il s’achève dans la sphère économique et politique. En effet, avec la révolution écologique et le concept si consensuel de développement durable, c’est bien l’idée de Nature qui triomphe du productivisme à tout crin, c'est bien le Bio (littéralement « la vie ») qui triomphe de l’artificiel, c'est bien l’idée que l’homme ne doit pas faire ce qu’il veut simplement parce qu’il le peut, mais qu’il doit respecter et préserver l’environnement dont il fait partie.

La "théorie Gaïa" qui sous-tend et justifie le discours écologique politique n’est autre que l’idée qu’il faut respecter un ordre naturel, préexistant à l’activité humaine moderne. Cette théorie voit le monde comme un organisme vivant, un tout. Exactement ce que les croyants de toutes les religions entendant par la notion de « Création ». Ainsi les mots et les concepts de « protection » « sauvegarde de l’environnement », « préservation de la planète », « patrimoine mondial », « principe de précaution », dont nous sommes continuellement abreuvés, expriment-ils clairement  l'idée qu’il y a quelque chose de plus grand que nous qu’il ne faut pas prendre le risque de détruire au risque de s’auto-détruire. A ce titre le film Avatar est tout à fait illustratif de cette nouvelle pensée holistique dominante.

Cette idée d'un ordre supérieur et naturel des choses est donc tout sauf rétrograde.


La faillite de l'idéologie positiviste

L’idéologie égalitaire, aussi bien intentionnée soit-elle, de la même façon qu’elle a aboutit au totalitarisme lorsqu'elle a été appliquée à l’économie (collectivisme et communisme), aboutira au totalitarisme appliquée aux relations sociales et familiales. Il s'agira d'un totalitarisme encore plus violent puisqu’il ne se contentera pas de nier et de décréter illégal ou « contre-révolutionnaire » les réalités économiques fondamentales (l’instinct de propriété, les inégalités de talents,…), mais cette fois il niera et décrétera illégal, ou « réactionnaire », des réalités biologiques ( l’altérité sexuelle, la procréation sexuelle, l’instinct maternel, l’incapacité pour un homme d’enfanter ou d’allaiter, etc.)

Les socialistes, comme tous les idéologues, voudraient que le monde se conforme à leurs idées. C’est bien connu, ils veulent « changer le monde ». Et pour cela ils ont un allié objectif, la science. Cimourdain, le parfait révolutionnaire imaginé par Victor Hugo dans 93, « voudrait les hommes faits par Euclyde », autrement dit, conçu selon des lois mathématiques. Les socialistes voient le monde comme un carcan dont il faut s'émanciper ; la Nature pour eux est synonyme de maladies, de catastrophes, d’inégalités, et de déterminismes sociaux et culturels intolérables.

Mais cette vision du monde prométhéenne, positiviste, progressiste, ou techniciste, appartient en réalité au passé. Elle vivote encore en France, patrie de Rousseau et de Robespierre, mais elle est politiquement morte et enterrée avec feu l’URSS, et ses fondements philosophico-économiques sont un peu plus entamé chaque jour par les catastrophes écologiques à répetition, les multiples maladies issues des pollutions, ou le réchauffement climatique.

Aujourd’hui dans le monde la vision prédominante, que nous pourrions appeler "écologiste" ou "holistique", conçoit non plus l’Homme comme le seul être vivant ayant le droit d’utiliser sa science en toute impunité et pour son bon plaisir, mais comme devant s’efforcer de vivre en harmonie avec le reste de son environnement avec lequel il forme un écosysteme.

Et que dirait Gaïa du mariage pour tous?

On a donc assisté, sur le plan économique, à une révolution avec la victoire de l'idée de Nature (un ordre naturel supérieur, somme toute très proche de l’idée de Dieu, si vous me suivez) qui marque la reconnaissance d’une loi, appelée l’écologie, se situant au-dessus des considérations humaines : ce n’est plus la planète qui doit servir l'économie mais l’économie qui doit servir la planète. Si ce changement de paradigme est survenu dans le champ économique, Il n'est pas impossible, bien au contraire, qu’il survienne dans le champ du social et de la vie privée.

En effet la génération qui arrive à l'âge adulte aujourd'hui se retrouve face à un champ de ruine en matière familial et sociétale, après les ravages causés par les slogans soixante-huitards (il est interdit d’interdire, l’enfant roi, destruction de la famille dite bourgeoise, du modèle dit patriarcal, libération totale des mœurs, discrédit du mariage, etc.). Or l’énième coup de boutoir que constitue ce projet de loi est d’une telle violence, qu’il peut constituer l'électrochoc (trop c’est trop) salvateur. La manifestation du 13 janvier tend à le démontrer.

Ce serait alors le début, n’en doutons pas, d'un puissant et bien logique retour de balancier, dans le sillage de ce qui se passe avec l’écologie dans le domaine économique, qui engagerait la société dans une dynamique radicalement nouvelle qui s’attacherait à faire la part des choses entre ce qu'il convient désormais de préserver, voire de sanctuariser, dans l'Homme (sa Nature) et ce qu'il est permis de modifier ou d'améliorer (sa capacité à satisfaire ses aspirations naturelles).

Un choix crucial

On peut être pour ou contre ce projet de loi, mais ayons conscience qu’il ne s’agit pas d’une simple question de politique sociale comme on voudrait nous le faire croire. Ce sont bien deux conceptions de l’homme qui s’opposent dans ce débat, et par conséquent deux projets pour l'Humanité. D'un coté une communauté d'hommes et de femmes dont les aspects essentiels de la vie sont régis et protégés par des lois qui relèvent de principes intangibles. De l'autre, un groupe d’êtres dont aucune caractéristique n’est reconnue comme figée, et dont la vie est régie par des lois évoluant au fil des « avancées » technologiques.

La question posée par ce débat est donc "qu'est ce que l'Homme?". Il n'y a pas de question plus essentielle. Si vous n’êtes pas remué au plus profond de votre être par cette loi, c’est que vous n’en avez pas pris la juste mesure.

En réalité nous vivons un moment critique de l’histoire de l’humanité. G. Orwell[1], A. Huxley[2], R. Barjavel[3], A. Koestler[4], Masamune Shirow[5], les frères Wachowski[6] et biens autres écrivains, cinéastes et penseurs récents ont vu, et nous ont averti que le versant prométhéen de la pensée occidentale était une autoroute filant droit vers le Meilleur des Mondes, la barbarie et l’homme déshumanisé.

A l'inverse, toutes les religions et les sagesses du monde nous invitent à rechercher ce qu’il y a d’immanent dans l’Homme, à regarder avec émerveillement ce qui échappe à l’entendement et au rationnel, avec l’intuition profonde que ce regard tourné vers le mystère nous préservera toujours du pire, c’est à dire de l’aliénation de l’homme par son propre génie créateur, par sa propre folie destructrice. Une société sans transcendance n’a plus aucun garde-fou. La technique sera son seul maitre, sa seule aune. Je ne veux pas d’une telle société. Et je sais que la majorité des hommes n’en veulent pas. Encore faut-il qu’ils prennent conscience de ce qui se joue aujourd'hui.

« Si Dieu est mort tout est permis », disait Dostoïevski. Oui mais la Nature est née lui répond l’homo ecologicus du XXIe siècle. Alors que diront les Français ?

Car c’est donc à nous, ici et maintenant, de décider si tout est désormais permis.

 

Le scribe



[1] 1984

[2] Le meilleur des mondes

[3] Le voyageur imprudent

[4] Le cheval dans la locomotive

[5] Ghost in the shell

[6] Matrix

 

 

06/03/2012

Le problème grec, la mondialisation et le château de carte.

Cet article a fait l'objet d'une pblication sur 24heuresactu.com

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La mondialisation rend les pays de plus en plus dépendants les uns des autres, et repose sur la croyance que cette dépendance  est bonne car elle fait converger les intérêts, et éloigne ainsi les risques de guerre. L'alignement des intérêts de l’ensemble des pays du monde, ou d’une région du monde, est une intention louable. C’est surtout une illusion très dangereuse.

Car la force d’une chaîne est celle de son maillon le plus faible. Si la Grèce n’était pas dans l’euro, cela fait longtemps que le problème aurait été réglé : la Grèce aurait fait défaut, comme ce fut le cas de l’Argentine ou de la Russie, les créanciers auraient « pris leur pertes », ce qui fait partie de leur métier, et le monde ne se serait pas arrêté de tourner.

Le problème est qu’on a construit un système où tout se tient tellement que l’erreur n’est plus possible, car elle ferait s’écrouler tout l’édifice comme un château de carte. Cette « construction » européenne, qui elle même s'inscrit dans la construction d'une économie « mondialisée », loin de nous renforcer, nous fragilise.

 L’économie c’est le risque. Le risque de perdre. Mais lorsqu'on a plus le droit de perdre, parce que sa survie même est en jeu, la prise de risque devient impossible, et l'économie se bloque se transformant en une bombe à retardement. Nous sommes comme dans une formule-1; nous nous extasions devant la machine que nous avons construite sans voir qu'à cette vitesse un simple gravillon peut causer une sortie de route mortelle. La Grèce est un grain de sable (1% de la richesse mondiale), malheureusement nous sommes dans la voiture.

 La mondialisation transforme progressivement le monde en un colosse aux pieds d’argile. Un peu de dépendance c’est bien, trop de dépendance, c’est trop. Ce n’est pas un hasard si des millénaires d'Histoire ont abouti à l’apparition d’entités appelées les nations; le pays s'est imposé comme l'échelon organisationnel humain le plus cohérent en matière territoriale et socio-culturelle, c'est à dire le plus à même de trouver le juste équilibre entre ce qui peut et doit être fait par lui-même et ce qui peut et doit être fait en collaboration avec les autres.

 Nous sommes attirés vers l’unité, vers le « Grand Un », comme des moustiques vers la lumière, comme Icar par le soleil. Unification, rationalisation, uniformatisation, homogénéisation, harmonisation, fédéralisation, régionalisation, mondialisation, etc. sont les différents noms que prend cette attirance. Jusqu'où irons nous avant de nous brûlés définitivement?

 Comme l’a bien décrit Arthur Koestler1, l’univers, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, repose sur un mode organisationnel dans lequel chaque partie d’un ensemble agit en partie de façon autonome et en partie de façon collaborative. C’est cette organisation qu’il convient de rechercher pour l'économie de la planète; non pas une économie « mondialisée », aussi énorme qu'empotée, manquant de s’effondrer à chaque soubresaut, mais une économie mondiale saine et souple composée de parties agiles, c’est à dire capables de décider de façon autonomes des ajustements nécessaires au bon fonctionnement du tout. Ces parties, se sont les Etat-Nations.

 

1. Arthur Koestler, Le cheval dans la locomotive, Paris, Calmann-Lévy, 1968

 

Le scribe